Quelle est ton espérance ?

1/4 Article de fond sur le thème de l'espérance, par Timothée Joset. À propos 58

Une folle espérance ?

Le monde s’emballe. Les robots semblent prêts à nous prendre notre travail. Les chaleurs de cet été nous rappellent le réchauffement climatique. On semble avoir peur des migrants. À l’heure du transhumanisme, on ne sait bientôt plus définir ce qu’est un humain. Les médias nous annoncent chaque jour de nouveaux drames. Et certaines choses telles que la mort, alors qu'elles nous sont bien connues, demeurent scandaleuses et incompréhensibles. Plus proche de nous, nous faisons face au départ d'un de nos anciens civilistes et amis, Ian Schori, décédé dans un accident de voiture. Est-il raisonnable de lancer une série d’articles sur l’espérance avec ce numéro d’À propos ?


OUI. C’est une conviction fondamentale. Voyons un peu pourquoi.

 

Christ est Seigneur

« Jésus-Christ est Seigneur ». Cette courte phrase est généralement considérée comme la première confession de foi chrétienne. Depuis les débuts de l’Église, les chrétiens ont confessé que c’est Christ qui règne. Cette confession est en elle-même déjà porteuse d’espérance, puisqu’elle signale à la face du monde que contrairement aux apparences, il y autre chose que la réalité visible. Confesser que celui qui a dit « je reviendrai » ( Jn. 14.3 ) est Seigneur insère le chrétien dans un horizon qui dépasse de très loin son quotidien et remet en perspective ses peurs, ses défis, ses tourments, en les privant de leur caractère définitif.


Nous ne nous contentons pas de confesser Christ comme Seigneur sans rien ajouter ! Si nous le confessons comme notre Seigneur, c’est non seulement qu’il est le créateur et qu’il a agi dans l’Histoire, mais également qu’il a révélé son caractère ( Rom. 15.4 ). Et l’une des caractéristiques premières de Dieu, c’est qu’il est amour ( 1 Jn. 4.7 ). Savoir que le Seigneur de l’univers est amour nous permet de nous souvenir que même dans l’adversité, rien de ce qui se produit sur la terre n'échappe à son attention.


Nous croyons au Seigneur qui a vaincu la mort par la résurrection. Ce « dernier ennemi » (1 Cor. 15.26 ) n’aura pas le dernier mot pour nous non plus ! Loin d’être une consolation chimérique, l’espérance chrétienne est fondamentalement libératrice puisqu’elle nous débarrasse de la pression de nous faire les maîtres du monde. Contrairement à ce qu’affirme un bestseller récent, nous ne sommes pas « homo deus » mais nous confessons un Dieu créateur, souverain absolu de l’univers, régnant sur toutes choses et auquel rien n’échappe. Quel potentiel pour les étudiants qui découvrent à l’université le monde créé par Dieu. Croire que ce Dieu est souverain permet de ne pas croire en un « Dieu des lacunes » ( God of the gaps ) qui serait une explication bon marché à toutes nos ignorances. Nos connaissances scientifiques explosent de jour en jour et nous pouvons nous en réjouir, mais rien ne prendra jamais Dieu par surprise !

 

Christ revient

« "Moi je suis l’Alpha et l’Oméga", dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant. » ( Ap. 1.8 ) Pour que cette espérance se réalise pleinement et aux yeux de tous, les chrétiens croient aussi que Christ, qui est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, viendra juger les vivants et les morts, comme l’affirme le Credo. Cette confession n’a-t-elle pas un potentiel de joie immense ? ( Rom. 12.12 ) La réalité ne se limite pas à ce que nous voyons et le meilleur est à venir, c’est même là exactement l’une des définitions de la foi qui est « une façon de posséder ce qu’on espère, c’est un moyen d’être sûr des réalités qu’on ne voit pas. » ( Héb. 1.1 ). Une nouvelle création où « la mort ne sera plus et il n’y aura plus ni deuil, ni plainte, ni souffrance. » ( Ap. 21.4 ) se profile déjà à l’horizon. Et qui dit absence de plaintes et de souffrance, dit aussi règne de justice, d’où la nécessité que le Seigneur qui vient soit également le juge des actions des êtres humains.


Ceux qui s’opposent à la foi chrétienne affirment parfois que « ces chrétiens ont tellement la tête dans le ciel qu’ils ne sont bons à rien sur terre » : c’est tout le contraire ! Croire à la résurrection et à la vie éternelle ne nous condamne pas à une soumission passive aux réalités présentes, mais nous encourage à vivre déjà aujourd’hui à l’aulne du Royaume qui vient ( 1 Pi. 1.13 ).  Il y a plus : alors que de plus en plus de personnes autour de nous sont victimes d’épuisement professionnel ( burnout ), l’espérance de la vie éternelle par la foi en Jésus-Christ nous libère de devoir « profiter de la seule vie qu’on a ». Voilà le message que les campus ont besoin d’entendre ! Être toujours prêts à défendre notre espérance ( 1 Pi. 3.15 ), c’est cela aussi !


Il est possible en effet de supposer que c’est bien l’abandon de la foi en la résurrection et à la vie éternelle qui amplifie le stress quotidien : si je n’ai qu’une vie, alors je dois en profiter absolument à fond ! Si Dieu « a mis dans le cœur de l’homme la pensée de l’éternité », alors il serait fou de vouloir ranger dans une vie terrestre limitée une éternité d’expériences ! Ce que nous n’aurons pas eu le temps de faire ici-bas, nous le ferons dans l’éternité… que nous ne passerons pas à jouer de la harpe sur un nuage, mais ceci sera l’objet d’un prochain article.

 

Christ agit en nous

Un des plus grands philosophes de l’Histoire, l’Ecclésiaste, affirmait il y a déjà longtemps que Dieu « a implanté aux tréfonds de l’être humain le sens de l’éternité. » ( Eccl. 3.11 ). Le peuple d’Israël croyait que le Dieu créateur agissait dans le cœur même de ses créatures et non pas seulement de l’extérieur. De même, l’espérance chrétienne a cela d’unique qu’elle se base sur la foi en un Seigneur qui ne se contente pas de régner, mais qui agit lui-même pour et en ses fidèles. Nous croyons que nous avons été rachetés par la mort de Christ, ce qui nous assure la délivrance du péché. Mais nous croyons aussi que Christ vit en nous. Qu’il rend d’ores et déjà réelle cette vie éternelle qu’il nous promet et qu’il nous « a accordé son Esprit comme acompte des biens à venir. » ( 2 Cor. 15.5 ). La conviction de l’action du Saint-Esprit en nous est libératrice : nous ne sommes plus condamnés à être les jouets de nos émotions ou de notre tempérament : c’est Dieu lui-même qui garantit notre espérance, pas notre humeur du jour, si influencée qu’elle est par la météo, les voisins, les perturbateurs endocriniens et bien évidemment, le péché toujours si présent partout ! À tel point qu’il a des effets structurels important et contrairement à ce qu’affirment certains militants anti-spécistes, l’espérance chrétienne n’est pas anthropocentrique ! Elle affirme « que la création elle-même sera délivrée de la puissance de corruption qui l’asservit pour accéder à la liberté que les enfants de Dieu connaîtront dans la gloire. » ( Rom. 8.21 ).

 

Conclusion

Ce bref article ne permet que de commencer à retracer les contours de notre espérance, mais il permet d’ouvrir de nombreuses pistes de réflexion que nous poursuivrons. Gardons simplement à l’esprit qu’espérer, dans la vision chrétienne, n’est pas une activité centrée sur l’individu. La nature même de Celui en lequel nous espérons nous pousse au contraire à nous intéresser à l’autre, à aimer notre prochain, à lui partager notre espérance de manière sincère, puisque nous souhaitons qu’il ou elle bénéficie aussi des grâces de Dieu.  N’est-ce pas un formidable rappel alors que la nouvelle année académique débute ? Et c’est aussi un appel à espérer de manière délibérée qui s’insère on ne peut mieux dans la réalité de la vie académique : Paul priait que Dieu illumine l’intelligence des Éphésiens, « afin que vous compreniez en quoi consiste l’espérance à laquelle vous avez été appelés, quelle est la glorieuse richesse de l’héritage que Dieu vous fait partager avec tous ceux qui lui appartiennent. » ( Éph. 1.18 ). Quelles belles perspectives !


Timothée Joset
Coordinateur Dialogue & Vérité et GBU BEJUNE
timothee.joset@gbeu.ch

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